Les résultats d’IBM s’enlisent malgré les performances de Red Hat

Les résultats d’IBM s’enlisent malgré les performances de Red Hat

Ce trimestre, les bons résultats des produits Red Hat n’arrivent même plus à maintenir à flot des divisions qui sont minées par les contre-performances de l’IA, des services et des mainframes.

par Ed Scannell, Senior Executive Editor Yann Serra, LeMagIT

Publié le: 25 janv. 2021

La route d’IBM vers la croissance financière continue d’être semée d’embûches : le fournisseur vient d’annoncer un chiffre d’affaires de 73,6 milliards de dollars pour 2020, soit une baisse de 5 % par rapport à l’année précédente. Concernant le dernier trimestre, généralement meilleur, IBM a réalisé un CA de 20,37 mds $, soit une baisse de 6,5 % par rapport à l’année précédente. Ces résultats sont pires que ceux anticipés par les analystes financiers. Leur cause serait le déclin des matériels IBM, de ses logiciels cognitifs et de ses activités de services.

Lors d’un entretien avec plusieurs analystes financiers, le PDG d’IBM, Arvind Krishna, a rejeté la faute sur la conjoncture : « l’environnement opérationnel dans lequel travaillent les grands comptes reste difficile étant donné la pandémie actuelle et l’incertitude plus générale qui en découle. »

Et d’expliquer une mécanique qui s’emballe : « cette situation pandémique ajoute une pression sur les contrats concernant les logiciels, ce qui entraîne également des retards dans certains engagements de services. Enfin, la croissance de nos revenus a également été affectée par des vents contraires au cycle de vie habituel de nos produits », ajoute le PDG en suggérant que les renouvellements de contrats prennent globalement du retard.

Les logiciels cognitifs en sévère perte de vitesse

Concernant les logiciels cognitifs (en l’occurrence tous ceux qui ont trait à l’intelligence artificielle), leur contre-performance est telle qu’elle a ce trimestre réussi à faire baisser le CA de la division Cloud and Cognitive Software de 4,5 %, soit un CA trimestriel de 6,8 Md $. À Wall Street, c’est l’incompréhension la plus totale : les analystes, qui observaient les revenus de cette division augmenter depuis deux ans grâce au succès inébranlable des solutions Red Hat, s’attendaient cette fois-ci à un CA de 7,18 Md $.

Les revenus d’OpenShift et Red Hat Enterprise Linux (RHEL), qui servent à bâtir les projets cloud des entreprises, ont pourtant bien connu une nouvelle croissance de 9 %. Mais, hélas, cela n’a pas suffi à compenser la perte de vitesse des autres activités.

Daniel Elman, analyste au bureau d’études Nucleus Research, pondère : « les technologies de Red Hat restent un atout pour IBM. OpenShiftOpenStack et RHEL sont parmi les technologies DevOps les plus adoptées. Leur performance va encore s’accentuer à mesure que de plus en plus d’entreprises atteindront le niveau de sophistication et de maturité informatique nécessaires, pour entreprendre davantage de projets de transformation et de développement natifs pour le cloud. » En clair, la mauvaise influence des logiciels cognitifs sur les résultats serait anecdotique.

Des opportunités dans le cloud hybride et les containers

Arvind Krishna assure qu’IBM a mis en place des plans qui doivent lui permettre de renouer avec la croissance en 2021. Lesquels ? Il ne les décrit pas concernant les logiciels cognitifs. Lors de l’entretien avec les analystes financiers, le PDG a préféré s’enthousiasmer à propos des opportunités offertes par le cloud hybride et que les solutions Red Hat vont lui permettre de saisir.

« 75 % des applications actuelles qui pourraient prétendre au cloud hybride attendent toujours qu’un fournisseur accompagne leur migration. Cela représente un marché de 1 000 milliards de dollars. Une solution centrée sur les plates-formes d’IBM, avec Linux et Kubernetes pour les containers, est particulièrement compétitive dans ce contexte », argumente-t-il.

Ted Schadler, analyste chez Forrester, en convient : « En ces temps de récession, la croissance des produits Red Hat confirme qu’Arvind Krishna a raison de parier sur les projets de cloud hybride. Selon nos estimations, pratiquement 9 entreprises sur 10 mettent en place – ou vont bientôt mettre en place – des projets de cloud hybride. Et à mesure que les entreprises se sortiront de l’actuelle crise pandémique, leur transformation s’accélérera. »

Certes. Mais quid des activités hors cloud hybride ? Arvind Krishna répond de manière évasive que l’entreprise est, à l’aube de 2021, gérée différemment : « nous encourageons dorénavant la prise de risques et assurons une plus grande tolérance à l’échec dans toute l’entreprise. Cela devrait nous permettre de répondre plus rapidement aux clients, de saisir davantage d’opportunités et de générer de meilleurs résultats commerciaux. »

Déclin du Stockage et des services technologiques

De son côté, la diminution globale des revenus dans le stockage serait plus particulièrement due à la contre-performance des produits de stockage haut de gamme directement liés aux mainframes, à savoir la série Z. Les ventes de la série Z ont baissé de 24 % au quatrième trimestre par rapport à ceux du quatrième trimestre de l’année dernière. En même temps, il faut rappeler que, profitant d’un renouvellement de la gamme avec la disponibilité de nouveaux modèles z15, les ventes de solutions mainframes avaient bondi fin 2019 de 63 %.

IBM explique que la hausse de l’année dernière était due à la propension des banques à acheter des systèmes au moment de leur sortie. Mais toutes les autres entreprises n’investiraient dans ces machines qu’après avoir économisé suffisamment longtemps les budgets nécessaires. Selon le constructeur, nous serions donc juste dans le creux de la vague. L’adoption massive des derniers mainframes z15, et des équipements de stockage qui vont de pair, se ferait juste attendre, mais rien n’indiquerait qu’elle n’aura pas lieu.

L’unité Global Technology Services d’IBM, en charge de l’accompagnement technique sur le stockage et les mainframes, a en toute logique souffert par rebond des mauvaises ventes des matériels. Elle déclare des revenus trimestriels de 6,6 milliards de dollars, soit une baisse de 5,5 %. L’unité Global Business Services, qui comprend des offres de conseil et d’infogérance des applications sur mainframes, a vu ses revenus baisser de 2,7 %.

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